J’écris ce message en relais à celui du guide Michel Moyon.
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Je le destine au Président de la Commission Syndicale de Grande Brière, aux élus et à tous les acteurs concernés par la catastrophe écologique qui touche actuellement le marais de Brière.
Je me présente, je m’appelle Mathias Monsion, je suis photographe animalier et guide nature. J’ai étudié en master de biologie marine dans la 24e meilleure université mondiale dans cette discipline, notamment pour étudier les marais. Mais je suis avant tout Briéron.
Né d’un père Briéron, lui-même né dans la maison familiale où je vis encore aujourd’hui, la Brière est mon terrain de jeu, je dirais même mon lieu de vie. Je passe mon temps à arpenter ses centaines de kilomètres de canaux, à longer ses berges, à me frayer un chemin dans ses forêts de roseaux.
Depuis tout petit, j’y observe la faune. Cette passion est devenue mon métier.
Comme beaucoup de Briérons, je constate que la Brière n’est plus la même qu’autrefois. En apparence, elle semble identique à celle de mon enfance, à celle décrite dans les récits des anciens. Mais la différence est dans les détails, dans ce que le grand public ne perçoit pas. Or, les Briérons ne sont pas le grand public.
Nous connaissons notre marais, car nous y marchons, nous y observons, nous y pêchons, nous y chassons. Ces détails, nous les ressentons, et ils nous font mal. Parce que sans notre mobilisation, les phénomènes qui touchent notre marais resteraient invisibles, silencieux et continueraient de tuer la Brière, alors on a besoin d’être écouté.
1. Le marais de Brière frappé par une épidémie de botulisme aviaire
Depuis plusieurs années, le marais connaît des épisodes graves de botulisme aviaire, une maladie qui tue de nombreux oiseaux d’eau, comme les canards ou les échassiers.
Cette maladie est causée par une bactérie, Clostridium botulinum, qui produit une toxine très dangereuse. Elle se développe surtout dans des milieux chauds, pauvres en oxygène et riches en matières en décomposition.
Or, ces conditions sont réunies lorsque le niveau d’eau est trop bas.
Avec moins d’eau, la température monte rapidement, souvent au-dessus de 25 °C. L’oxygène se fait rare, provoquant la mort de poissons et d’autres animaux aquatiques.
Leurs carcasses deviennent un terrain idéal pour la bactérie. Résultat : les oiseaux qui sont leurs prédateurs s’empoisonnent, se paralysent et meurent.
Un cercle vicieux s’installe : plus il y a de cadavres, plus la bactérie se développe… et plus elle tue.
2. Les tourbières : des alliées méconnues contre le réchauffement climatique
Les tourbières sont des milieux naturels très particuliers. Ces zones humides agissent comme de véritables pièges à carbone. Grâce à l’eau, les plantes s’y décomposent lentement, formant une couche de matière organique appelée tourbe, qui stocke du carbone pendant des millénaires.
Bien qu’elles ne couvrent que 3 % de la surface terrestre, les tourbières stockent deux fois plus de carbone que toutes les forêts du monde réunies. Un trésor invisible, mais essentiel pour lutter contre le réchauffement climatique.
Mais cet équilibre est fragile.
Lorsque l’eau disparaît, à cause de la sécheresse, du drainage ou du réchauffement, la tourbe s’assèche, se décompose rapidement et libère dans l’atmosphère le CO₂ stocké, un puissant gaz à effet de serre.
Préserver les tourbières, c’est donc préserver un puits de carbone naturel, un rempart contre le changement climatique. Cela passe par le maintien de leur niveau d’eau, la restauration des milieux dégradés et une gestion raisonnée de ces écosystèmes oubliés.
3. Le silence des marais : quand l’eau disparaît, la vie aussi
Les zones humides, comme les marais, sont parmi les milieux les plus riches en biodiversité. On y trouve une grande variété d’oiseaux, d’amphibiens, de poissons, d’insectes et de plantes rares.
Mais depuis quelques années, ce patrimoine vivant est en danger.
Le manque d’eau, causé par les sécheresses répétées, le changement climatique ou une mauvaise gestion de l’eau, transforme peu à peu les marais en zones sèches et hostiles.
Certaines espèces, très dépendantes de l’eau, ne peuvent plus y survivre.
Les amphibiens (grenouilles, crapauds, tritons) voient leurs populations s’effondrer, car ils ne peuvent plus se reproduire. Les oiseaux d’eau perdent leurs lieux de nidification et disparaissent localement. Les poissons et invertébrés aquatiques, privés d’oxygène ou piégés dans des mares asséchées, meurent en masse.
Cette disparition est souvent silencieuse, mais ses effets sont bien réels. Elle rompt les équilibres écologiques, affaiblit la chaîne alimentaire et rend les milieux plus vulnérables aux maladies ou aux espèces envahissantes.
Préserver l’eau dans les marais, c’est préserver la vie.
4. Le Parc naturel régional de Brière : un trésor fragile au statut discuté
Le Parc naturel régional de Brière est l’un des plus anciens de France. Ce territoire exceptionnel est aussi un patrimoine culturel vivant.
Pendant un temps, l’État a envisagé de le transformer en parc national, censé offrir davantage de moyens, de reconnaissance et de protection.
Mais cette idée a suscité de vives inquiétudes locales.
Un parc national implique généralement des restrictions lourdes pour les habitants, les agriculteurs, les pêcheurs, les chasseurs. Beaucoup ont compris qu’il y aurait une perte de liberté, une centralisation des décisions, une mise sous cloche du territoire au détriment des pratiques traditionnelles.
Grâce à la mobilisation de la population locale, le projet a été abandonné. La Brière est restée un parc naturel régional, géré localement, avec une volonté de concilier protection de la nature et activité humaine.
Mais au-delà du statut, ce qui compte, c’est d’être sur le terrain, de voir, de comprendre, d’agir.
Je peux continuer de développer, il y a bien d’autre sujet important comme la protection de la roselière, l’envasement des canaux, la protection à tort des espèces nuisible au marais.
Mais tous ces sujets ont un point commun, la gestion de l’eau dans le marais.
Conclusion : la Brière mérite mieux qu’un simple regard de loin
Le marais de Brière n’est pas un décor. C’est un territoire vivant, façonné depuis des siècles par des hommes et des femmes profondément attachés à leur terre.
Aujourd’hui, ce sont nous, les Briérons, les anciens, les paysans, les pêcheurs, les chasseurs, les amoureux du marais qui voyons, souvent avec tristesse, ce patrimoine se dégrader.
Des générations ont lutté, façonné les canaux, entretenu les roselières, géré l’eau avec intelligence. C’est grâce à eux que la Brière est aujourd’hui l’une des plus belles réserves naturelles de France.
Et pourtant, face à la rareté de l’eau en été, au réchauffement, à la perte de biodiversité, la Brière semble parfois oubliée.
Ce territoire fragile a besoin de véritables acteurs locaux, de politiques engagés, présents sur le terrain, qui connaisse le marais, ses rythmes, ses besoins. Il ne s’agit pas de décisions prises depuis un bureau, mais de choix enracinés dans le réel, dans la terre, dans l’eau.
Car le manque d’eau en Brière n’est pas qu’un problème technique: c’est une urgence écologique, culturelle et humaine.
Les habitants ne sont pas contre la politique, ils veulent juste être écouté et que le marais reste en bonne santé.
Si nous voulons transmettre ce joyau aux générations futures, il faut agir maintenant, avec sérieux, respect et humilité, en s’inspirant de ceux qui, avant nous, ont su vivre en harmonie avec ce paysage unique.
Mathias Monsion
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