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Je suis guide en Brière et je fais parti d’une des plus grandes familles Briéronnes. En tant qu’acteur du marais je ne pouvais rester à regarder ce qui arrive à la Brière sans réagir. Une catastrophe que l’on essaie de minimiser !
Toutes les associations de Brière, les riverains, ont prévenus nos dirigeants depuis des mois que l’on allait droit dans le mur, mais personne n’a écouté.
La Brière a toujours été gérée comme une grande démocratie, mais aujourd’hui elle est gouvernée comme une monarchie.
Quand on fait de la politique, la première chose que l’on apprend à l’école c’est de prévoir (pour pouvoir anticiper). Je vais vous donner quelques exemples de la façon dont notre Brière est gouvernée.
J’ai eu l’occasion il y a quelques mois, d’emmener en chaland un conseillé syndical avec sa famille. Très gentil, il paraissait très compétent, mais il m’a avoué que c’était la première fois qu’il mettait les pieds dans un chaland, sur le marais, alors qu’il arrive à la fin de son mandat.
J’ai appris dernièrement que onze élus sur vingt et un de la commission syndicale ont été dans le marais pour la première fois il y a peu de temps. Eux aussi juste avant la fin de leur mandat.
Je m’interroge Monsieur le président de la commission syndicale, sur la manière dont vous votez les textes et prenez des décisions importantes sur des points sensibles avec une assemblée qui ne connait pas le sujet. Je ne pense pas que cela soit la faute des élus parachutés à ce poste difficile.
Ne serait-il pas souhaitable que ces élus fassent une formation au début de leur mandat. Il y a assez de guides compétents sur le marais pour les accompagner et leur expliquer le fonctionnement des zones humides. Je vous propose de former les prochains élus pour qu’ils puissent découvrir et comprendre les problématiques du marais.
Au début du printemps, un avion a fait de la voltige au-dessus de la réserve du nord, presque tous les jours vers midi, en période de nidification. J’ai remonté l’information au parc régional qui n’était pas au courant. J’ai appelé la personne qui s’occupe de la permanence de la commission syndicale à Fédrun, qui m’a promis de remonter le problème aux élus. Les jours suivants rien n’a changé, l’avion a continué sa voltige. J’ai donc appelé la tour de contrôle de La Baule Escoublac, qui m’a affirmé avoir toutes les autorisations requises. J’ai donc envoyé un mail au syndic de Saint Joachim pour qu’il le transmette au président de la commission syndicale de Brière en les menaçant de faire venir les médias. Bizarrement l’avion n’est plus apparu.
J’ai eu de la chance dans ma carrière de côtoyer des scientifiques et de vrais ornithologues que j’ai emmené dans le marais régulièrement. Pas des grattes papier ! Ce qui arrive à tous ces oiseaux est dramatique et surtout à certaines espèces très rares qui venaient se reproduire. Je pense à l’oiseau emblématique du marais déjà en déclin, le Butor étoilé, dont il ne restait que quelques couples. Je pense aussi au Héron pourpré, nous avions une des plus grosses héronnières en France et peut être en Europe. J’avais avec l’aide d’un autre guide, dénombré une centaine de nids. Je suis retourné sur site dernièrement et n’ai vu que très peu d’oiseaux. J’espère qu’ils ont eu l’instinct de partir avant la catastrophe (ils quittent leur milieu dès la fin de la reproduction). Nous ne saurons qu’au prochain printemps s’ils ont survécu ! Il y a des oiseaux encore plus rares très peu connu comme la Marouette de Baillon et la Marouette ponctuée. Des oiseaux actifs surtout la nuit. Nous avions la chance d’avoir plusieurs couples en Brière, qui font partis des oiseaux les plus rare, uniquement que quelques couples recensés en France. Cet oiseau est de la famille du Râle d’eau, dont nous avons trouvé des cadavres, je crains pour les Marouettes. Je suis sur le marais tous les jours, et je ne vois quasiment plus de rapaces, j’en déduit qu’ils ont été contaminés à leur tour en mangeant des oiseaux morts.
La Brière est une grande roselière, ou certains oiseaux y vivent et vont mourir sans qu’on les comptabilise. Il faudra multiplier le nombre d’oiseaux morts par trois ou quatre pour être près de la vérité.
Dernièrement le parc régional a créé une station pour calculer le captage du CO² par la végétation et surtout l’évaporation du carbone. La Brière est un puit de carbone stockée dans la tourbe. Tous les scientifiques sont unanimes, l’eau empêche le carbone de s’évaporer. Par conséquent plus l’eau est basse plus le carbone s’échappe. Ce dernier est à l’origine du réchauffement climatique. L’étude faite par les agents du parc régionale est importante, elle sera réalisée sur trois ans. J’espère que les résultats seront rendus public (cela est moins sûr !). Nos dirigeants devront prendre une décision, continuer à réchauffer la planète ou ralentir ce réchauffement.
Les briérons sont des gens fières qui ont toujours défendu et entretenu leur marais. Il va falloir rester unis et solidaires pour pouvoir combattre des gens qui ne pensent qu’à leur carrière. Je suis conscient que mes propos ne plairont pas à tout le monde et qu’ils peuvent me porter préjudice. La Brière mérite bien un peu de sacrifice comparé au bonheur qu’elle m’a apporté tout au long de ma vie. Laisser à mes descendants une nature comme je l’ai connu.
Michel MOYON
Guide de promenade en chaland
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